17.07.2006

Respire

Releve la tete. Dehors il fait chaud, si chaud, en farenheit.

Ca pue dans les rues. Ca tremble dans l'air. Tu y es.

Bon, les enfants: je suis toujours squatteuse, a date. Je n'ai pas de telephone, ce qui complique les recherches d'appartement. Pas d'acces Internet hors cafes aleatoires.

Et puis, je suis amoureuse, aussi.

voila.

16.04.2006

I should be so lucky, lucky, lucky, lucky...

La femme qui est assise en face de moi dans le métro a un problème.

Ses boucles d'un blond vénitien presque fauve contrastent avec son visage de geisha, bouche peinte d'un rouge profond, étirée dans un improbable rictus qui, débutant là où devraient se trouver les commissures de ses lèvres, s'étale ensuite sur toute la hauteur de ses joues, et va jusqu'à taquiner le coin des paupières qu'il plisse comme celui des ces bienheureuses grands-mères ridées façon pomme bien tapée, dans les mangas.

Pourtant pas d'erreur : nous sommes bien un dimanche matin, dans le métro parisien. Tout le reste du wagon fait la gueule, regarde en l'air, ou prend l'air détaché. Voire les trois simultanément. Une demi-douzaine d'assassins sanguinaires pourraient bien sévir ouvertement sur les quais, accompagnés d'un orchestre de fanfare et d'une ronde de marins montés sur des licornes pourpres, que l'expression de mes co-voyageurs garderait pourtant cette impassibilité rébarbative qui a fait la réputation internationale des garçons de café parisiens.

Et malgré cela... La femme dans le métro me sourit d'un vaste sourire extatique.
Et je m'aperçois... Que la femme dans le métro ne fait que me renvoyer, instinctivement, mon propre large sourire extatique.

Si je commence à faire cet effet-là aux gens, moi, faut que je fasse gaffe. Bientôt, tout le métro parisien va commencer à fredonner du Kylie Minogue, et on aura l'air malin, tous ensemble, à se déhancher sur les banquettes et à s'enrouler autour des barres métalliques comme des danseuses de gogo, à s'embrasser en lançant des confettis dans les airs et à se tatouer nos noms entrelacés dans des guirlandes de coeurs sur le haut des bras.

Bref tout va bien, quoi. Je me roule dans les pétales de roses, la confiture de bons sentiments et les tickets gagnants au Millionnaire. Et quand je dis que je me roule, disons plutôt que je me vautre. Alors du coup, j'en rajoute un coup niveau sourire. Je le remonte légèrement au dessus des sourcils, et sans broncher, la femme dans le métro me renvoie en miroir mon air de crétine sous ecsta.

Et c'est bon, simplement.


06.04.2006

Impaire, et ne passe pourtant pas

Je n'ai jamais eu de chance pour les choses du hasard. Certes, j'ai plutôt de la chance pour les gros trucs de la vie : Monsieur Cancer ne visite que les vieux de la famille, aucun de mes proches n'a jamais rencontré de loup pervers au coin du bois, mes amis sont beaux, merveilleux, et ne passent jamais sous les autobus.

Mais, pour ce qui est de s'asseoir sur le seul strapontin cassé du métro, et de s'écrouler le cul en avant et les escarpins pointés vers le ciel (de préférence quand je porte une jupe) (et qu'un clodo a marqué son territoire éthylique la veille), je suis votre femme. Et bien sûr, je n'ai jamais gagné ne serait-ce que 5 euros à un jeu à gratter, je ne tombe jamais sur la fève dans la galette des rois, je m'assois toujours à côté du mec qui pue des aisselles en réunion, et si je casse mon talon, vous pouvez être sûr que c'est en allant au bureau le jour où j'ai un rendez-vous important. Et pas en fin de journée, malheureux, jamais en fin de journée, et encore moins quand je passe devant la vitrine d'un magasin de chaussures jolies !

Donc, c'est logique, mon préavis légal finit le 5 juillet, sachant que le 4 au soir, un ami travaillant chez Air France fera le voyage jusqu'à New-York... Et que l'accompagner me permettrait donc de faire de jolies économies. Non négligeable alors que je vais très prochainement me retrouver au chômage : certes, "impaire au chomdu dans Manhattan", c'est un joli titre et je l'ai voulu, mais il va quand même falloir que je commence à mettre des sous de côté, moi. D'autant que je veux quand même acheter un portable, ici ou là-bas. Histoire de vous faire coucou, heureux petits veinards coquins que vous êtes.

Je me disais donc que j'allais négocier tout ça en suppliant en racontant un mensonge avec mes jours de RTT non pris. Et puis là, ka-boom ! Surprise, croisage de DRH dans les couloirs, entraînage dans son bureau (p'tain, deux fenêtres pour elle toute seule, c'est la fête !), elle plonge ses grands petits yeux bleus marrons et tendres suppliants droit dans les miens :
"Euh, impairenounette... J'ai appris la nouvelle... Bon, je suis très triste, mais est-ce que tu vas rester assez longtemps pour assurer le séminaire de début Juillet ? Non, parce que sinon, il faut que je fasse venir un intervenant étranger, et ça coûte putain de b..., je veux dire, euh, c'est moins motivant pour les équipes que d'avoir une française qui s'occupe d'eux..."

J'ai pas rêvé ? J'ai bien écrit qu'elle avait les yeux suppliants? (attendez, je vérifie) (ah oui, c'est bien ça) (excusez-moi, ça prend un peu de temps, avec le bordel de mots barrés que j'ai foutu dans le paragraphe précédent).

J'ai devant moi une DRH aux yeux suppliants... Et je sais très bien que ce foutu séminaire a lieu du 3 au 7 juillet. Je demande donc :
"Et c'est quoi, exactement, les dates du séminaire ?"
(juste histoire de bien lui enfoncer dans le crâne...)
"Euh, du 3 au 7 juillet..."
"Ah, mon Dieu, quel dommage ! Et moi qui pars le 5 !"

Petit silence. Je vérifie discrètement ses yeux. Elle a les iris qui transpirent. J'attends, lui adressant mon regard d'idiote du village le plus pur.

"Et, euh... Tu pourrais envisager de rester 2 jours de plus ?"
"Et bien... Ce serait vraiment.... avec plaisir... Mais vois-tu... Je fais le voyage à New-York avec un ami... Qui travaille chez Air France... Donc ça ne me coûtera presque rien... Et comme je serai chômeuse..."

Silence. Je le laisse s'étirer quelques secondes. Je déverse droit dans ses mirettes du regard éperdu à la Soeur-Geneviève-Marie-des-Anges-du-Saint-Amour. Par hectolitres.

Elle ne pige pas.

Alors je lui explique : "Evidemment, si c'est pour vous dépanner... Tu sais que je pars en excellents termes... S'il n'y avait pas l'aspect financier..."

Pupilles dilatées de lapin sous belladone. Soit elle ne comprend vraiment pas, soit c'est la première fois que quelqu'un ose lui faire le coup, et elle ne va pas tarder à me lacérer la gorge de ses petites incisives carottivores.
Je parie sur l'option n°1, et je tente le coup :

"Ecoute, je sais que je te laisse dans une situation difficile. Je ne suis pas sûre que tu puisses faire grand chose pour moi, mais à la limite, si vous pouvez me payer le billet d'avion jusqu'à New-York, moi, franchement, je suis prête à rester jusqu'à la fin de la semaine..."

Et voila. Une toute petite demande très raisonnable, finalement, non ? Même pas demandé de prime indécente, elle doit trouver qu'elle s'en sort bien ?

Quant à moi, si j'arrive à me faire payer le billet d'avion par la boîte dont je viens de démissionner, franchement... Je paye le champagne au premier commentateur de ce post !

05.04.2006

Ma life au premier degré

Elle me demande si c'est possible que j'ai pris 5 kilos en un an. Oui, madame la gynéco, c'est totalement possible. Enfin, disons surtout qu'il y a un an, à cette époque, je perdais en moyenne un kilo par semaine. En nervosité pure. Et que douze petits mois plus tard, j'arbore un sourire tel que le monde entier me croit amoureuse...

Que parfois, je me crois moi-même amoureuse...

Parce que, mes petits canards, j'ai des papillons qui frétillent au fond du ventre. Et si cela ne prouve que l'immensité de mon talent à me raconter des histoires à moi-même, ainsi soit-il.

Je prends, voyez-vous, tous les talents qui veulent bien passer par là.

02.04.2006

A six heures du soleil

Un pas en avant, où le temps s'enroule en nodules.

Le concert de Troy von Balthazar, au Café de la Danse. Il a des rires simples qui me réchauffent, raconte n'importe quoi, il dit pour moi I can't drive a car, I can't even ride a bicycle very well, mais il a des voyages dans la voix et des nuages entre les cils, et moi

je ne sais pas conduire, non plus, et sur une bicyclette je tangue,
je ne suis pas douée pour la conversation légère,
je regarde par terre en marchant,
je chante faux,
je mélange le blanc et les couleurs,
je ne gagne jamais à aucun jeu de hasard, jamais,
je me laisse convaincre de tout, pour faire plaisir, et je me sens faible.

Un pas en avant, où les angoisses se dénouent en soleils.

J'ai le chant des naevi qui spiralent sur mon dos, ruissellent sur mes bras en constellations et tombent sur les mains, se glissent entre les cuisses et sur le sexe, gouttes épaisses sur le haut des fesses, au long des jambes marquée.

Je les ai tatoués sur d'autres peaux, et je m'y frotterai encore.
Vos yeux ont brûlé les miens d'évidence, et fait fuir le démon de mon crâne.

25.03.2006

Stories to The City, Stories from the Sea

Tu fais encore sembler d'hésiter. A cause de la boule que tu as au fond du ventre. Ce petit noeud qui ressemble un peu à de l'angoisse. Et qui n'en est aucunement.

Ce caillou de bonheur pur, ce caillot de liberté qui s'est coagulé en toi, qui irradie, cette certitude retrouvée que tu retomberas sur tes pieds. Ce billet d'avion en suspens dans ton avenir, c'est ton présent qui retrouve un sens.

Tu fais encore semblant d'hésiter, mais tu as commencé à préparer tes parents, tu es déjà en train de battre le rappel de qui peut t'aider, tu as fait les listes des abonnements à résilier, des cordes qui te restent à ronger.

Tu fais encore semblant d'hésiter, car tu sais bien que ce n'est pas très raisonnable, de partir sans filet. Et tu as toujours été une fille raisonnable.

Si raisonnable que tu as bien failli te suicider d'ennui.

19.03.2006

La Porte

Un, deux, trois, cinq doigts à ma main gauche,
Un, deux, trois, cinq doigts à ma main droite.


Le soleil qui se glisse par la lucarne tombe sur l'angle du lavabo à l'émail abrasé, éclairant le savon jaune et sale. Dans son pinceau de lumière, celui-ci semble sous un projecteur ironique. Il trempe dans une flaque stagnante d'eau mousseuse, et je pense que les bactéries doivent s'y multiplier. Même le savon, ici, est malsain. Je regarde mes mains
                    (un, deux, trois, cinq doigts à ma main gauche)
                             abîmées, gercées des jours passés ici. Rien pour se laver si ce n'est de vieux morceaux de savon détersif, et jamais de crème à poser sur le dos de la main, puis à faire pénétrer en massage le long des doigts. J'ai une écorchure qui court à l'intérieur de mon annulaire gauche, et la peau des phalanges à vif, râpeuse. Si je me sers du savon, je cours le risque que toutes les saletés qui y prolifèrent profitent de ces petites blessures pour se glisser sous ma peau, et s'infiltrer en moi. Il faut que je résiste à la tentation d'aller là-bas me laver les mains.
                    (un, deux, trois, cinq doigts à ma main droite)

Quand le soleil tombe ainsi, je sais que cela signifie que c'est le début de la journée. Je le sais aussi parce que ma bouche est encore pâteuse. C'est un effet secondaire des somnifères, et je me souviens que je le connaissais déjà avant de venir ici.
Mais il ne faut pas penser à cela. Penser à avant est dangereux. Penser à avant peut faire ouvrir la porte et venir les sangles. Je ne veux pas penser à, je ne veux pas, alors
                    (un, deux, trois, cinq doigts à ma main gauche)
        je me lève et j'avance jusqu'au mur d'en face, en comptant mes pas. Je m'applique bien : le talon du pied droit juste devant le bout des orteils du pied gauche, et j'inspire. Puis le contraire, et j'expire.

Il y a 22 pas entre le lit et le mur, et je ne me trompe jamais. Je fais le chemin trois fois, et puis je me rassois sur le lit. Je suis calme.
                    (un, deux, trois, cinq doigts...)

Le soleil a progressé sur le lavabo. Le sale morceau de savon est toujours éclairé, mais maintenant le bec du robinet est aussi dans la lumière. Il brille. Cela fait de petits éclats propres qui font plaisir à voir. Je les regarde longtemps, et puis j'essaye de me souvenir quand j'ai eu à manger, hier matin. Je me rappelle d'hier soir : le soleil avait traversé la pièce, il était sur la tête du lit. C'est un lit fait pour une personne, et dont la tête se compose de dix tubes métalliques, disposés verticalement, à équidistance ; ils s'élèvent du cadre du sommier pour venir s'enfoncer dans un arc de cercle tout aussi métallique et tubulaire. Le soleil ne va jamais plus loin que le sixième barreau en comptant de l'intérieur de la pièce. Hier, la trappe découpée dans le bas de la porte s'est ouverte au troisième barreau, et le plateau du dîner est apparu.
Cela, je m'en souviens. Je m'en souviens très bien. Si j'arrive à me souvenir de tout bien comme cela, et à ne pas penser à avant, alors cela devrait aller, et je ne deviendrai pas
                    (un, deux, trois...)
                       folle.

Mais maintenant, il faut que je retrouve quelle est l'heure du petit déjeuner. Quand le lavabo est entièrement éclairé ? Ou peut-être un peu avant ? Oui, juste avant. C'est ça. Symétriquement au savon, il y a un verre en plastique bleu. Je déteste le plastique, cela ne se lave pas bien. Les microbes savent se cacher dedans. Ca ne brille jamais, même si on frotte. Maintenant, ça va. Ils ont mis du plastique bleu. Avant, le plastique était beige. Cela me faisait peur. Le beige, c'est une couleur sournoise, qui cache le sale. Je ne veux pas penser au beige. Le verre est bleu, c'est une bonne couleur. Je ne peux pas m'en servir, parce que c'est du plastique, mais je peux le regarder sans compter. C'est mieux.

Le verre est presque entièrement éclairé, maintenant. Quand il sera tout entier visible, le vasistas dans le bas de la porte se relèvera, et le plateau apparaîtra. Et la porte restera fermée parce que je suis sage, ce matin.

La trappe a grincé un peu, et puis le plateau est apparu. Je n'aime pas quand les choses métalliques grincent. Cela veut dire qu'il y a de la rouille et du tétanos. Ca n'est pas net. Mais j'ai faim, alors je vais voir le plateau. Je ne dis rien pour la saleté qui fait crisser la porte. Je dois manger avant. On ne parle pas avant le petit déjeuner.

C'est la règle.

Sur le plateau, il y a une orange, un oeuf dur, et du lait dans une petite bouteille scellée. C'est tout bien, surtout l'orange, parce que c'est une très bonne couleur, et en plus la peau est très épaisse. C'est un fruit propre, protégé. Je voudrais bien être une orange. Acide, avec de la vitamine contre les microbes.

L'oeuf aussi, c'est bien. Je n'aime pas beaucoup la couleur de la coquille, mais à l'intérieur ça va. C'est du blanc qui brille et du jaune bien intense. Je décide de commencer par l'oeuf, alors je l'épluche proprement au dessus du plateau. Quand il est tout blanc, je mords dedans, d'abord le petit bout.

L'oeuf est mal cuit, le milieu gicle sur mes doigts. Tout de suite, le bruit commence dans ma gorge. Mes doigts sont sales. Je ne peux plus manger l'oeuf, mais je ne peux pas le laisser sur le plateau. Il va pourrir si je le laisse là. Je ne peux pas me laver les mains, parce que le savon est sale. Je ne peux pas ouvrir le robinet, parce que j'ai le jaune d'oeuf sur les doigts, et je vais tout salir.

Le bruit dans ma gorge déborde dans ma bouche. Il force les dents et écarte la mâchoire pour sortir. Il ne faut pas. Il faut compter
                    (un, deux, trois...)
                                                        mais je ne peux pas compter mes doigts sales. Le jaune d'oeuf va sécher sur mes mains. Il va pourrir sur moi. Le bruit sort de ma bouche, il faut que je sorte d'ici, il faut que je trouve du savon propre, il faut que quelqu'un avec les mains lavées fasse couler l'eau du robinet, il faut m'aider, je me jette contre la porte il faut qu'elle s'ouvre, mes doigts sont sales je ne peux plus compter, la porte me fait mal quand je cogne mes hanches dessus mais c'est une douleur propre, il y a des cris derrière la porte et soudain comme je la cogne de tout mon corps elle me repousse vers l'intérieur de la pièce, violemment je retombe en arrière et un homme avec des vêtements blancs marche sur le plateau, je vois sa chaussure qui écrase le reste de l'oeuf et je déteste ça, il en met partout alors je lui saute dessus avec mes doigts jaunes et maintenant il y a plein d'hommes qui rentrent par la porte, ils me mettent leurs mains sales dessus alors je hurle comme quand il me mettait sa saleté dedans sur le vieux banc que Maman avait repeint en blanc cassé, mais personne ne m'aide alors j'essaie de cogner ma tête sur le mur pour ne plus entendre Maman qui dit que je suis une traînée, et ça marche très bien.

Je me cogne fort et je me fais très mal, de belles douleurs propres, rouges et très nettes.

12.03.2006

#32 - away

Writing from a hotel computer, in the lobby, with a qwerty keyboard.

A time for pen, paper and music, then. Have a nice time, guys !

Undressing up

Ce sont les mêmes gestes, vécus pour ce qu'ils sont devenus. Se gommer tout le corps, soigneusement, dans les craquements de la mousse qui glisse dans les moindres recoins. Se rincer, se sécher d'une serviette chaude, et dans un contre-jour électrique, chasser la moindre imperfection, le moindre poil. Se vêtir d'un fluide soyeux, de quelques gouttes d'un parfum, de ta plus belle lingerie - mais peut-être, ce soir, n'en mettras-tu pas ?

tu te souviens, il y a un garçon qui avait repéré qu'il y avait ton parfum de jour et ton parfum de nuit, ton parfum de gaieté et ton parfum de sexe, le parfum de tes cheveux et celui de ton ventre. Il y avait un garçon qui avait remarqué qu'ils n'étaient pas les mêmes.

Choisir la robe. Celle-ci qui met tes jambes en valeur, ou celle-la, peut-être, dont les bretelles se nouent au-dessus des épaules ? Tu imagines comme il les défera, comme tes seins apparaîtront alors que tu seras encore habillée, et tu choisis la robe en fonction de la manière dont elle te dévêt. Et puis des bas, forcément, depuis combien d'années n'as-tu pas mis de collants... De hauts talons, une cambrure qui appelle, au creux du dos, la main.

et tu sais qu'il aimera que tu gardes tes bas quand tu monteras son corps, il ne regardera même pas le morceau de soie entre tes jambes, il voudra prendre tes seins dans ses mains, et ce sera bien, mais peut-être aimerais-tu sentir à nouveau le nylon contre tes paupières ?

Les yeux très maquillés : des teintes mordorées sur la paupière mobile, et puis surtout le dessin lourd, appuyé, d'un crayon brun qui vient souligner, signe évident de ton attente, et puis le fard un peu gras se brouillera quand tu te frotteras les yeux à sa peau, te donnera ce regard cerné de désir, un peu animal un peu vaincue, brouillon de captive. Presque rien sur les lèvres, juste un soupçon de lumière : mangée, elles rougiront de friction.

il y avait des fièvres, avant, qui t'allumait l'iris sans tricherie, et avec ton khôl tu dessinais sur ta peau des étoiles et des papillons qui mourraient dans la nuit, pendant que sur la sienne tu conjurais des ancres et des arbres, et cette fois où c'est toi qui lui avais peint les ongles...

Quand les cheveux domptés déroulent leur paresse sur tes épaules, lorsque dans ton sac tes clefs tintent, lorsque tu montes dans le taxi dont il te tient la porte, tu balances cette attente et ces revenants par la fenêtre sur un dernier souvenir, cette citation de Valery, Ce qu'il y a de plus profond en l'homme, c'est la peau, et par la chaleur d'une main sur ton poignet tu sais que tout est pour le mieux.

09.03.2006

One hundred and two shades of blue

Il y a cette vue par la fenêtre de mon bureau, je pense que c’est une vue toute moche, avec un empilement d’immeubles de bureaux, une fine tranche de ciel au dessus, et quelques branches d’un bouleau en bas, et puis des quantités de classeurs qui bouchent la vue sur les côtés.

C’est une vue laide, sans doute, mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir de l’affection pour elle. Je crois que c’est à cause de cette construction couleur brique, à gauche, qui ressemble à ce building mancunien à l’architecture carcérale où j’ai été, soudain, parfaitement libre… A moins que ce ne soient les fenêtres argentées, les miroirs qui reflètent le ciel, et qui donnent à ce foutoir urbain des teintes bleues, blanches ou grises… Ou peut-être même est-ce l’absence totale de soin qu’on a apporté à coller ensemble ces immeubles, il n’y en a pas deux qui aient le même style, ils ne sont mêmes pas alignés, on dirait qu’un gamin a pris au hasard différentes maquettes, a collé le tout dans une grande boite qu’il a secouée comme un perdu, et puis il a laissé les cubes retomber au hasard, et il a décrété que cela faisait un paysage urbain tout à fait convenable…

Quand je regarde par la fenêtre, j’ai l’impression d’avoir un paysage impossible sous les yeux. Un truc mal foutu qui reflète l’infini en fragments, un peu comme d’avoir la grippe quand on est amoureux, un peu comme un silence gêné, un peu comme les gens qu’on ne connaît pas.